« Hospitalité, certains en font un business, d’autres un
devoir. » Olivier
Un jour comme un autre
Ce matin, nous nous sommes levés aux alentours de 7 heures. Surpris la veille par un orage, nous n’avons pas pu nous ravitailler comme d'habitude. Notre déjeuner sera donc pour plus tard. Quelques kilomètres après notre départ, nous entrons dans Gönen et nous nous arrêtons au premier magasin pour faire quelques achats. Un pot de yaourt, quelques biscuits, du pain pour le dîner et huit livres turques plus tard (environ quatre francs suisses), nous nous retrouvons hors du magasin à essayer de ranger les victuailles dans nos sacoches. Là, le gérant nous accoste et nous propose de nous offrir un çay. Nous acceptons. Durant la discussion qui suit, il nous dit nous avoir vus hier sur la route et nous pose diverses questions sur nous et notre voyage. Un de ses amis arrive avec un sac plastique contenant une quainzaine de petits pains au fromage. Voyant que l’on n'a rien à manger pour accompagner notre çay, il nous propose ses petits pains. Pas un, ni deux, mais la totalité de son sac. Ceci étant fait, il prend part à la discussion tout guilleret. Le temps ne s’étant malheureusement pas arrêté, il nous faut songer à repartir. La route est longue et la température monte rapidement depuis quelques jours. Durant nos adieux empreints de gratitude, le gérant profite de nous offrir un litre de jus de pêche ainsi que des serviettes humides pour que l'on puisse se laver les mains. Nous nous retrouvons donc avec le déjeuner de fait et de quoi dîner copieusement. C’est parfait ! Enfin presque. Plus qu’un petit saut dans une station-service pour se procurer de l’eau et l’on sera autonomes jusqu’au souper. Zut, le robinet de la borne eau et air de la station ne fonctionne pas. Que faire ? Un chauffeur de car long courrier, ayant compris notre problème, vient à nous, deux bouteilles d’eau minérale bien fraîche à la main. Nous souhaitant bon voyage, il se retire heureux d’avoir pu nous être utile. Sous l'effet de la surprise, nous reprenons la route en saluant et en se faisant saluer par les habitants de cette petite ville.
Midi se pointe et nos ventres nous le font savoir. Durant notre pique-nique, un jeune homme vient à notre rencontre. Il vient près de nous, même très près de nous et nous regarde. Un peu gênés par cette proximité incongrue et silencieuse, on engage la discussion. Heureux d’apprendre nos deux noms, il repart comme il était venu. Moins d’un kilomètre plus tard, un agriculteur et sa femme nous font signe de nous arrêter. On obtempère. Descendant de son vieux tracteur, l'homme nous offre deux beaux kilos de petites prunes locales fraîchement cueillies puis nous souhaite une bonne route. Pas de question, pas d'attente, rien qu'un simple « Güle güle ! »
Après avoir refusé poliment deux fois du thé - nos ventres étant plus que pleins -, nous arrivons sur le lieu que nous souhaitons utiliser pour installer notre campement. Là, un berger garde son troupeau. Après nous avoir autorisés à planter notre tente sur ses terres, il nous salue et s'en va ramener ses moutons à la bergerie. Moins d'une heure plus tard, il revient pour nous offrir trois beaux morceaux de son fromage et un joli kilo de petites prunes vertes. Cadeaux ! Un sourire et le voilà déjà reparti. Si le déroulement de cette journée peut sembler peu vraisemblable, c’est à peu de chose près ce que l’on vit depuis notre arrivée en Turquie. Pas un jour passe sans que l’on reçoive de la nourriture ou des boissons. Pas un jour sans que la générosité turque redéfinisse l’idée que l’on avait de ce mot.
OF 01.06.12
D'Istanbul à Çanakkale
Le lundi 28 mai, nous nous pointons au port d’Istanbul
pour prendre le bateau pour Bandirma, munis de nos billets achetés le samedi.
Après s’être pris une averse, avoir roulé tant bien que mal avec un pneu percé et
s’être hâtés pour ne pas être en retard, nous arrivons à l’embarcadère où nous
nous entendons dire « la compagnie a changé de bateau, les vélos ne sont
pas autorisés ». Au vu de l’inflexibilité du gaillard malgré ma mine
défaite, changement de programme et cap sur Mudanya, après cinq heures
d’attente. La suite des événements corroborera ma devise « il y a du bon
dans tout ». Arrivée à 19 heures sur terre ferme. Il pleut, la nuit va
tomber et il nous faut trouver un lieu où camper. Finalement, c’est Erol,
patron du restaurant-cafétéria d’une station de bus qui nous offrira non
seulement un logement dans son cabanon de jardin mais aussi un délicieux souper
local comme j’en rêvais, ainsi qu’un solide déjeuner le lendemain.
Le soir suivant, ce sont des ouvriers et leurs familles qui nous offrent un toit dans une ferme. Un çay ? Euh… ben… oui, volontiers. S’en suit un moment d’échange et de silence - c’est quand même dur le turc - autour d’un thé avec du pain, du fromage, du miel et d’autres produits maison. Et à 22 heures, nos hôtes viennent nous sortir de notre « pré-endormissement » pour nous dire que le propriétaire des lieux, en déplacement en Italie, nous offre le souper. Donc, nous soupons une seconde fois dans la cuisine des ouvriers. Bien sûr, le lendemain : çay ? A force, nous apprenons à dire oui et à mettre de côté notre gêne. Le samedi 2 juin, nous arrivons à Çanakkale, après quatre jours sur une route digne des montagnes russes. Un jour de repos dans un camping au bord du détroit des Dardanelles saura être apprécié. AG 02.06.12
| Détroit des Dardanelles |
De Kavala à Istanbul
C’est qu’on y prend vite goût, au repos !
Néanmoins, après un jour et demi de pause, nous reprenons la route. Un itinéraire sans grand intérêt. Ajoutez
à cela une pluie sans fin et un ciel morose, et les pensées se perdent dans le
rêve d’un canapé douillet ou d’un bon bain chaud. Solidarité et courage, il en
faut pour donner les coups de pédales qui nous mèneront vers des jours
meilleurs. Le 19 mai, jour historique de notre voyage : notre première crevaison.
Olivier en fait son affaire en quelques minutes. Les rencontres avec d’autres
cyclo-touristes colorent ces journées grecques un peu ternes. A Alexandroúpoli, nous trouvons enfin un camping ouvert
pour notre dernière nuit en Grèce. C’est par l’autoroute - routes les plus
sécuritaires selon un confrère allemand qui les a empruntées pour traverser la
Grèce - que nous atteignons la frontière turque. Passage sans aucune
difficulté.
Ça y est, nous entrons dans le pays qui sera notre hôte durant près de trois mois ! Si la frontière ne change pas le paysage, elle change les hommes. Nous pénétrons dans un nouveau monde où les gens nous saluent à tour de bras, où l’hospitalité et la générosité sont telles qu’il faut les vivre soi-même pour en réaliser toute l’ampleur. Les quelques mots de turcs appris suffisent à modeler les conversations dont nous ne comprenons pas grand-chose finalement ; peu importe, l’échange est bien là. Quatre jours sur une route rectiligne nous amènent à Istanbul. Nous avons compris pourquoi certains préfèrent y arriver en bateau ! Une quarantaine de kilomètres à slalomer et rivaliser avec voitures, camions et cars, sur une route sur-fréquentée. C’est lessivés par la concentration et les haut-le-cœur que nous arrivons aux portes de la vieille ville. Istanbul, c’est un partage entre les belles découvertes et les pénibles confrontations qu’une grande ville implique. Notre coup de cœur restera la Mosquée Bleue de nuit et la sérénité qu’elle nous a offerte. Mais la foule incalculable, les bruits sans répit et le harcèlement des vendeurs en tout genre, à chaque instant et partout, sont les désagréments qui nous donneront envie de reprendre le large. Quoi qu’il en soit, nous avons apprécié de laisser nos vélos de côté un instant, découvrir des lieux chargés d’histoire et goûter aux saveurs turques. AG 27.05.12
| De la Chine jusqu'à Londres pour les JO |
On s'excuse mille fois
C'est toujours avec une grande joie que nous partons à la recherche d'un cybercafé pour y découvrir vos commentaires et dévorer vos mails. Malheureusement, on a pu constater que notre vitesse de croisière vous inquiète et cela nous chagrine. « N'oubliez pas de profiter du paysage ! », « C'est en ménageant sa monture que l'on va loin. », « Vous en êtes déjà là !?! », sont des petites phrases que l'on peut fréquemment lire dans vos écrits. Explications : je pourrais vous dire, comme à mon habitude, que « pour moi, tous ces kilomètres, c'est facile. », ou que « ce qui ne tue pas rend plus fort. » Mais là, vous vous diriez : « Le voyage ne le change pas, il l'aggrave peut-être même un peu. » ou « et Aline dans tout ça ? Elle est assise sur son porte-bagage et il tient son vélo entre les dents ?» Blagues à part, il est vrai que les kilomètres défilent et que les pays se succèdent. Mais je crois sincèrement que la raison de cette folle avancée est le besoin de mettre de la distance entre la maison et notre tente, d'entendre les muezzins appeler leurs fidèles à la prière et ne plus pouvoir déchiffrer les signalisations routières. Un simple besoin de commencer vraiment notre voyage. Promis, on s'en mettra plein les yeux dès le Bosphore franchi. OF 17.05.12
De Budva a Kavala
Douze jours, quatre pays traversés. Tant d’aventures
et juste quelques lignes pour vous résumer tout ça… Pas simple ! En voici
donc quelques moments clé.
MONTéNéGRO : Ulcinj est la dernière
ville côtière de ce pays. Une fois celle-ci passée, le décor change
radicalement. Fini le trafic intense, les panneaux routiers, les grandes
villes, les routes lisses à la perfection. Place à l’incertitude de l’itinéraire,
à la campagne, aux petits villages ruraux. Comme si la façade touristique était
tombée, ce qui n’est pas pour nous déplaire.
ALBANIE : Dès les premiers mètres, nous nous y
sentons bien. Le changement avec le bord de mer nous arrive comme un souffle
nouveau. Les gens sont accueillants, spontanés, serviables au possible et
généreux, malgré un niveau de vie nettement inférieur à tous les pays déjà
traversés. Nous saluons à tour de bras enfants et hommes de tous âges au bord
de la route ; les femmes restent invisibles. Notre itinéraire nous fait
découvrir, un peu par hasard, les montagnes du nord de l’Albanie, reliant
Skohder à Kukes. Le mariage des verts tendres de la végétation avec le
brun-orangé de la terre colore harmonieusement ces reliefs. Fatiguant, mais ô combien
gratifiant ! Le premier soir dans les montagnes, au bord d’un lac, nous
fêtons notre premier mois de voyage et le passage des 2’000 km.
KOSOVO : Une continuité avec l’Albanie au niveau
du contact des gens et des montagnes. Nous nous offrons un col à 1’950 mètres
d’altitude avec, au sommet, un rassemblement hétéroclite de petites cahutes
parmi lesquelles nous plantons notre tente. Ce « camping » de
fortune nous offre la douche chaude pour deux euros. Le lendemain, ce sont 30 km.
de descente qui nous attendent.
MACéDOINE : Une entrée plutôt glauque dans le pays. Un
rapide passage par Skopje, un regard sur la pauvreté de familles vivant sous
les ponts, un retour dans le stress du trafic routier et des bruits citadins…
et notre premier contact avec la police ! En fin de journée, une fois les
affaires toutes installées et notre tente montée dans un champ indiqué par un
homme du coin, un policier vient nous ordonner froidement de dégager de là. A
peine le temps de comprendre ce qu’il dit qu’il claque la porte et se tire.
Surtout ne pas s’énerver, ne pas trop réfléchir et reproduire machinalement les
gestes : ranger les sacs de couchage dans leur housse, plier les matelas
de sol, plier la tente, charger les vélos… et repartir. Une famille nous
acceptera, elle, dans un coin de son jardin. Le montage de notre tente sera
pour l’occasion un spectacle pour toute la famille ainsi que pour les voisins attirés
par l’événement. Deuxième contact avec les autorités : le passage de la
douane Macédoine-Grèce. Un gaillard, la cinquantaine, costaud, crâne rasé,
l’air très sérieux, nous demande, dans un français approximatif, nos green card
et « l’assicurazion » pour les vélos. ça y est, nous n’avons pas les documents nécessaires…
Quelques secondes de stress avant de comprendre qu’il parle en fait des
« cartes grises » et du « permis de circulation »… Et
surtout qu’il nous fait marcher ! Grand sourire victorieux de sa part, soulagement
pour notre part.
GRÈCE : Nous avons choisi de descendre en Grèce avec un objectif bien précis : s’offrir un peu de repos au bord de la mer, faire les à-fonds dans les nettoyages, détendre la musculature dans l’eau de mer… Après le passage de la frontière, nous tirons jusqu’à Thessalonique dans le but de trouver un camping. Il nous faudra pédaler quelques 120 km. pour y arriver. Heureusement, le vent dans le dos nous y aide. Mais pas de camping dans les parages ! La ville ne semble pas avoir d’attrait culturel particulier. Vu le prix des hôtels, nous décidons de sortir de la ville, direction Panorama. Nous avons vite compris d’où venait son nom ! Nous avons senti la montée passer dans nos corps déjà fatigués et n’avons même pas profité de la vue, l’énergie étant focalisée sur la recherche de solutions. Panorama = village huppé = hôtels luxueux = hors budget. Ceci étant dit, diverses tentatives d’hébergement se succèdent : un camping délaissé depuis belle lurette, le sécuritas d’une villa privée nous disant aimablement d’aller voir ailleurs, la sœur d’un monastère nous répondant que « non, nous ne pouvons pas vous autoriser à planter votre tente dans un coin de jardin, c’est notre règle » et nous renvoyant à notre problème dans la nuit totale... Finalement c’est à côté d’une base militaire que nous nous arrêtons discrètement : souper dans l’obscurité, montage de la tente dans le noir - les lampes frontales pouvant attirer l’attention - puis semblant de sommeil jusqu’à ce que nous nous levions avec la diane. Dure entrée en matière avec la Grèce ! Tendance qui se confirme lorsque nous apprenons que les campings n’ouvrent qu’en juin. Aujourd'hui, arrivée à Kavala où nous préparons notre périple en Turquie, qui n’est plus qu’à quatre jours de vélo. AG 16.05.12
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